dimanche, mars 27, 2005

Le ruisseau qui se voudrait rivière


Votre humble serviteur (assure la poupe) et son compagnon de voyage bien arrosés quelques minutes avant que le canoe ne percute une grosse pierre et nous jette dans les eaux glacées du Wascana peu après la fonte des glaces. Cet douche impromptue nous séparera de notre embarcation durant quelques minutes. Heureusement, près ce cet endroit le ruisseau fait un coude qui nous permettra de nous jeter à l'eau et de récupérer notre précieux canoe. Voilà qui nous convaincra de reporter notre tentative à l'année suivante.

C’est au printemps qu’il faut prendre contact avec nos cours d’eaux des prairies. Gonflés à bloc par la fonte des neiges, ils se donnent parfois des allures de torrents, du moins pendant quelques jours. Le “puissant” Wascana ne fait pas exception, même si la faible accumulation de neige cet hiver lui interdira tout excès.

Un des points de vue que j’affectionne particulièrement est situé en aval et à quelques 20 minutes au nord-ouest de Régina. Le site récréatif provincial de Wascana Trails est un petit parc d’environ 2 kilomètres carrés, qui est sillonné de sentiers. Lieu bien connu des amateurs de vélo de montagne, il offre également au randonneur un panorama éloquent. C’est peut-être la vallée d’un ruisseau, mais elle n’est pas moins intriguante pour autant. Agréable alterance de petits canyons et de plaine innondable, le Wascana offre à cet endroit un joli spectacle.

Tout en bas, la glace fond là où l’eau vive s’impose. La dénivellation, les pierres qui jonchent le fond, donnent de l’inertie au volume d’eau. Le ruisseau prend vie, casse les glaces et les emporte. Toute cette bousculate culmine en une symphonie de bruits d’eau dont on ne se lasse. Le Wascana est dans tous ses états au printemps.

En montant sur une butte pour mieux voir l’ensemble, j’apperçoit une douzaine de cerfs de Virginie qui avancent en harde, des femelles pour la pluspart, dont plusieurs mettront bas dans deux ou trois mois. Elles sont plutôt maigres en mars, même si l’hiver n’a pas été trop rigoureux. En attendant les nouvelles pousses saisonnières, elle viennent grignoter l’écorce des jeunes buissons. Le cerf de Virginie est une espèce des plus adaptables. On le retrouve de la zone sub-arctique, jusqu’aux tropiques. Il peut brouter aussi bien les plantes herbacées des plaines, que les lichens, les champignons et les noisettes. Au bout d’un moment les cerfs remarquent ma présence et filent les uns après les autres à la queue-leu-leue.

Suivre le cours du Wascana jusqu’à la rivière Qu’Appelle, par les chemins de campagne, demande une bonne dose de détermination. Comme le dit un proverbe taoiste: “La récompense c’est le parcours”. Au gré des tournant, dans les replis de la vallée on apperçoit bicoques, vieilles et nouvelles, et les granges d’une autre époque. Sans compter ce beau faisan aux couleurs écarlates venu se remplir le gésier de rocailles pour concasser le fruit de ses cueuillettes quotidiennes.

Bien qu’il soit souvent la risée des saskatchewannais mieux nantis en terme de débit fluvial, le ruisseau Wascana connait ses heures de gloire lui aussi. Il suffit de les apprécier à leur juste valeur.

vendredi, mars 11, 2005

Promenade sur les hautes terres des collines Touchwood

Une photo prise en été du Site Historique Provincial des Tourchwood Hills. Construit en 1879, c'était un parmi plusieurs postes de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans la région. La fameuse Carlton Trail passait par ici ainsi qu'une ligne de télégraphe. Aujourd'hui, on ne voit plus que quelques dépressions de caves, des marqueurs en béton et une plaque qui commémore l'emplacement des édifices d'époque. Une portion de la vénérable piste Carlton est toutefois encore visible.

J'envisageais visiter les collines Touchwood, juste au sud de Wynyard, depuis un certain temps déjà. J'étais intrigué par ces hautes terres nées du retrait des dernières glaces, il y a un peu plus de 10000 ans. On parle d'une accumulation de morraine allant jusqu'à 317 mètres d'épaissseur, de la longueur du lac Last Mountain et large de 10 kilomètres. Un beau territoire à explorer en perspective.

Vues de la route, les hautes terres se remarquent à leur forêt de peuplier faux-tremble. C'est cela qui a attiré les bandes indiennes à s'y installer de façon permanente lors de la signature du traité numéro 4, le 3 septembre 1874. Les quatres bandes qui se partagent le territoire espéraient que les générations à venir y trouverait amplement de nourriture pour subsister. Entrecoupé de lacs et de marais aux multiples huttes de castor, cet îlot de forêt au milieu de la plaine donne l'impression d'être un refuge, comme si on était perché ici sur le toit des plaines.

Je me suis arrêté au cimetière anglican de la bande George Gordon pour y lire les noms des pionniers du coin… Cyr et McNab entre autres. On honore encore les disparus avec des amoncellements de fleurs, des offrandes de colliers et de tabac. Que de paix et de beauté dans ce petit endroit isolé. Après avoir salué quelques instants d'autres visiteurs qui faisait leur pellerinage régulier, nous prîmes comme eux la direction du Powwow de la bande Kawacatoose, un peu plus au nord.

Voici quelques chiffres: Kawacatoose s'étend sur une superficie de 8248 hectares, elle compte 2210 membres, dont un peu plus de 1000 vivent dans la réserve. En arrivant sur les lieux, on sent tout de suite le petit coté réunion de famille de l'événement. L'accueuil est chaleureux. Les gens que nous avons rencontré plus tôt au cimetière nous avisent que le "Grand Entry" aura lieu dans un peu plus d'une demie-heure. Je m'entretiens quelques minutes avec de jeunes hommes venus du Montana qui font chauffer la peau de leur tambour près du feu de bois afin de la tendre. Ils m'explique que l'humidité ici affecte la sonorité. Chez-eux le temps est plus sec. Tout est relatif...

A 19h30 on exécute l'entrée dans l'aréna. Elle est suivie d'un chanson honorifique au cours de laquelle les dignitaire font le tour de l'aréna pour serrer la main des invités, participants et spectateurs, et leur offrir leurs meilleurs voeux. On fait parader ensuite un magnifique poulain quarterhorse d'un an qui porte une couverture où on a épinglé une quantaine de billets de 20 dollars. On offrira le poulain et l'argent aux gagnants de la compétition des "Grass Dancers".

Sont présents des politiciens amérindiens biens connus: les chefs Lindsay Cyr, Lawrence Joseph. Même le député Lorne Nystrom s'est déplacé pour l'occasion. L'acteur bien connu Gordon Toosoosis est maître de cérémonie. Il annonce qu'il vient d'être adopté par la famille Asapace, un nom prestigieux à Kawacatoose. On échange des cadeaux. Comme par magie une immence pile de couverture, douillettes et de courtepointes apparait dans l'aréna. On invite les chefs des autres nations, les anciens, les dignitaires, les chanteurs et danseurs invités à accepter un cadeau. Le partage est à l'honneur. Nous repartons en fin de soirée le coeur léger et la tête riche. Les Powwows ne sont pas bons que pour les amérindiens.

mardi, mars 01, 2005

Les Huttérites: la sérénité d'un peuple qu'on gagnerait à mieux connaître

Cueillette de morilles à la colonie Baker dans la région de la Montagne au Manitoba. Ces champignons très recherchés font le délices des amateurs.

Visiter une colonie huttérite, ce n'est pas autant un voyage dans le temps que la découverte d'une société qui sait où elle va. J'ai eu l'occasion d'en visiter une nouvelle récemment au Manitoba. Je vous fais part de mes constatations.

La communauté Huttérite est une entité en constante adaptation au gré des circonstances environnementales, politiques et sociales. La société Huttérite n'a rien de statique, tout au contraire. Son histoire est jalonnée d'évolutions dont les forces du monde extérieur sont à l'origine.

En 1528, afin d'échaper à la persécution religieuse, 200 anabaptistes fondent une nouvelle société en Moravie, une région de l'ex-Tchécoslovaquie. À leur tête: Jacob Hutter. Leur doctrine est basée sur les enseignements chrétiens anciens prônant caractère anonyme de l'individualisme chez le bon chrétien, ce qui est reflété par le vêtement traditionnel que portent les huttérites. La propriété privée est partagée par toute la communauté. Les huttérites prèchent la non-violence; ils s'opposent à toute forme de guerre.

En raison de leurs croyances, ils étaient souvent persécutés. C'est ce qui les a ammené en Amérique du Nord, il y a 120 ans. Il y aurait aujourd'hui 30000 huttérites en Amérique, surtout dans l'ouest canadien et américain. Une colonie moyenne au Manitoba a une superficie de 1700 hectares, alors qu'en Saskatchewan et en Alberta, en raison du climat plus sec, elles peuvent atteindre 3200 hectares. Une famille huttérite réussit à vivre avec la moitié de la superficie d'une terre familliale moyenne appartenant à des familles non-huttérites, grâce à leur mode de vie communal.

Une colonie comprend environ 14 familles, avec une population de 90 membres. Lorsque la colonie atteint le seuil de 125 à 130 personnes, on partage les ressources de la colonie et la population pour crééer une nouvelle colonie parrainée par la première.

Les activitées économiques des colonies varient en fonction du degré de progressisme de son chef spirituel et patron. Certaines ont des activités uniquement agricoles, d'autres ont bifurqué vers le monde industriel. C'est le cas de la colonie Baker, aux abords de la rivière Assiniboine et au sud de Portage-la-Prairie au Manitoba. On y fabrique des ventilateurs destinés aux entreprises agricoles, qui sont exportés partout dans le monde sous la marque Better Air. Ils ont une usine avec une surface de 2 acres.

Ce qui demeure l'attrait principal pour celui ou celle qui s'aventure chez les huttérites, c'est les leçons que nous pouvons tirer de leur mode de vie coopératif. Le partage est une valeur qui est estimée au dessus de toutes. L'émerveillement devant les simples miracles de la nature est quelque chose qu'on leur enseigne dès leurs premières classes. Le sentiment que l'on ressent en rencontrant ces gens accueuillants, que ce soit au repas partagé en groupe avec les hommes d'un coté et les femmes de l'autre, que ce soit au travail en chantant dans les champs autant qu'à l'abbatoir, ce sentiment c'est la sérénité. Y gouter, le temps d'un après-midi, c'est comme boire à une fontaine de jouvence.