samedi, mai 21, 2005

Flâneries à Sault Ste.Marie

La Nature avec un grand N attend les randonneurs qui foulent les pistes panoramiques tracées dans les régions boisées de Sault Ste. Marie.
Photo: Tourisme Ontario

Si Sault Ste. Marie ne figure pas sur la liste des hauts lieux du tourisme ontarien, son vécu passionnera les férus d'histoire industrielle. Mieux : ses environs peuvent être déclinés au superlatif : le plus important lac d'eau douce du monde, la plus vaste réserve de chasse du globe et... le canyon Agawa, source d'inspiration pour plusieurs artistes du Groupe des Sept.

PAR PAUL KING ET BARBARA FULTON

Pour la majorité des Canadiens, Sault Ste. Marie est synonyme d'acier, un point c'est tout. Mais cette petite agglomération ontarienne - ou, du moins, ses environs immédiats - possède des trésors insoupçonnés. C'est le cas du canyon Agawa, que l'on peut découvrir grâce à un circuit ferroviaire saisissant et qui constitue une excellente raison de songer sérieusement à découvrir cette ville mal-aimée.

Avec ses 80 000 âmes, l'ancienne capitale nationale de l'acier est également située non loin du plus grand lac d'eau douce au monde, de l'écluse la plus achalandée de la planète et de la plus importante réserve de chasse du globe. C'est également le lieu de naissance de Roberta Bondar, la première Canadienne à avoir pris part à une mission spatiale.

Bordant la rive nord de la rivière St. Mary's, la ville, aujourd'hui coquette et piquée d'arbres, fut jadis un village algonquin. Le célèbre explorateur français Étienne Brûlé fut le premier Européen à y débarquer, en 1610. En 1783, la North West Company y fonda un poste de traite des fourrures et creusa du coup un canal de façon à ce que leurs énormes canots puissent affronter les rapides qui bouillonnent toujours entre la rivière et le lac Supérieur.

Cette vaste étendue lacustre, alimentée par 200 rivières, n'est pas seulement le plus vaste lac d'eau douce (82 100 s s kilomètres) du monde, c'est également le plus élevé (180 mètres au-dessus de niveau de mer) et le plus profond (406 mètres). Les scientifiques estiment que son volume total pourrait couvrir de 30 centimètres d'eau l'Amérique du Nord au complet.

Pour puiser dans toutes les ressources du lac, le canal de Sault Ste. Marie fut remplacé en 1895 par la première écluse à avoir jamais fonctionné à l'électricité. Cette écluse pouvait élever des bateaux à 11 mètres et constituait la dernière des 16 « marches d'eau » du Réseau Grands Lacs Voie maritime du Saint-Laurent, long de 3 226 kilomètres, qui relie le lac Supérieur à l'océan Atlantique.

Dans les années 1900, l'addition de quatre grosses écluses sur la rivière St. Mary's, du côté du Michigan, a fait du réseau de canaux de Sault Ste. Marie le plus utilisé du monde. Des navires d'acier géants transportant plus de 100 millions de tonnes de céréales, de bois et de charbon y passent chaque année. En fait, les canaux de Sault Ste. Marie transportent plus de tonnage en un jour que ceux de Panama et de Suez réunis.

Même le ciel au-dessus des écluses est tissé d'acier. En plus du pont international, une structure arquée de trois kilomètres, utilisée par plus de deux millions de passagers/véhicules par année, trois ponts ferroviaires massifs relient également l'Ontario et le Michigan. En dessous, sur la rive canadienne, les lumières de l'usine Algoma Steel scintillent dans la nuit.

Sault Ste. Marie et acier sont synonymes depuis que l'industriel américain Francis Clergue débarqua en ville, en 1892, et que le minerai de fer fut découvert à Wawa, au nord. Pressentant qu'une fortune se cachait là, Clergue rassembla de riches investisseurs pour mettre sur pied douze industries importantes, dont une aciérie, une usine de papier, deux services publics d'électricité, deux chemins de fer, une flotte de navires à vapeur et un réseau de tramways.

Avant le début des années 1900, Clergue avait réussi à édifier un empire industriel et sa vision avait virtuellement créé la ville. Mais c'est l'Algoma Central Railway qui attire aujourd'hui plus dethattata 100 000 voyageurs chaque année.

En passant par le canyon...
C'est en 1899 que l'on commence à construire des chemins permettant d'acheminer le minerai depuis Wawa, grâce au dur labeur de 2 000 hommes qui, tout en chassant les mouches noires et en affrontant des feux de brousse, tracent les rails au-dessus de profondes coulées. Les rails se déploient jusqu'au Mile 56 lorsque l'empire de Clergue s'écrase, en 1903. De nouveaux propriétaires font finalement rouler le chemin de fer jusqu'au Mile 296, à Hearst. Mais c'est le célèbre canyon Agawa, au Mile 114, qui retient l'attention.

Véritable tour de force d'ingénierie, les rails plongent sur 150 mètres dans le canyon, où les passagers de l'Agawa Canyon Tour Train peuvent pique-niquer, pêcher dans la rivière ou explorer les pistes qui se déploient jusqu'à quatre chutes et un point de vue à 75 mètres au-dessus des rails. L'automne venu, tandis que le canyon flamboie de mille et une couleurs, on ajoute des voitures supplémentaires au train.

Ici, le paysage, accidenté à souhait, est si sublime qu'au début des années 1920, de nombreux membres du Groupe des Sept ont été inspirés par la région. Ils louaient un wagon couvert de la société de chemin de fer qu'ils installaient, telle une cabane sur roues, près des lieux les plus stimulants. Les artistes peignaient également la beauté sauvage des paysages entre le lac Supérieur et la baie d'Hudson, où l'on trouve aujourd'hui la réserve faunique de Chapleau, immense étendue couvrant 700 000 hectares.

Cette réserve, la plus importante du monde, abrite 119 espèces d'oiseaux et 49 types d'animaux, du plus grand d'Amérique du Nord (l'orignal) au plus petit (musaraigne naine). La faune abondante et variée comprend ours noirs, loups communs, lynx, visons et pygargues à tête blanche. La seule chasse autorisée se fait à la pointe de l'objectif, bien que la pêche soit permise dans la centaine de lacs et de rivières.

Sault Ste. Marie propose également bon nombre d'attraits, la plupart s'égrenant le long de la promenade riveraine, grouillant de pêcheurs et de spectateurs durant le Great Tugboat Race, en juin, et le derby de saumon, en août. Sur la pointe ouest de la promenade, une passerelle traverse le lieu historique national du Canal-de-Sault-Ste. Marie. Surplombant la promenade, le casino bat au rythme des machines à sous et des tables de jeu. Également sur le front de mer, le Roberta Bondar Park and Pavilion, un site de concerts, de festivals et autres manifestations, présente ce que l'on estime être la plus importante murale rétroéclairée ainsi qu'un buste de la première femme astronaute canadienne qui, en 1992, s'est exclamée de l'espace : « J'aperçois ma ville natale! »

Le bateau musée Norgoma, le dernier bateau de croisière à passagers construit sur les Grands Lacs, est amarré à côté du parc. Tout près de là, le Canadian Bushplane Heritage Centre est truffé de pièces anciennes, de vieux avions à des articles tirés de la navette Discovery, dans laquelle prenait place Bondar. Les amateurs d'art pourront visiter la Art Gallery of Algoma, et les férus d'histoire pourront découvrir celle de la ville au Sault Ste. Marie Museum, installé dans un édifice patrimonial.

Mais il ne faut pas quitter la ville sans avoir fait une croisière à bord du Chief Shingwauk, qui vogue deux heures durant sur la rivière, passe l'écluse canadienne puis revient par les écluses du Michigan tandis que l'équipage sert des cocktails et décrit les sites. Exquis!

Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse www.voyagecanada.ca.

Source: Commission Canadienne du tourisme

Cette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.

Au pays des Inuvialuits

À Holman, aux confins du cercle polaire, une petite communauté aussi chaleureuse que créative vit isolée de la civilisation occidentale... tout en tirant profit du tourisme. Bienvenue au pays des Inuvialuits, les « êtres humains réels ».

PAR JULIE PLOURDE

De toutes les destinations touristiques canadiennes, l'Extrême-Arctique représente, pour plusieurs, le bout du monde, une terre inconnue et sauvage, indomptée et indomptable. Pourtant, chaque année, près de 300 touristes se rendent dans l'île de Victoria, au nord de la mer de Beaufort, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Avec ses étendues glacées et ses falaises de roc qui ceinturent le paysage, l'île, aux confins de l'imaginaire, est une oasis de solitude et de quiétude. Holman, petite localité située sur sa côte ouest, attire un éventail de visiteurs, dont les mobiles sont aussi variés qu'inattendus : si certains veulent s'imprégner de la culture des Inuvialuits, d'autres viennent y pratiquer leur élan lors du tournoi de golf le plus septentrional d'Amérique du Nord.

Mais ce sont surtout des chasseurs qui débarquent ici, pour traquer l'ours polaire, le bœuf musqué et le caribou. Généralement méconnue, la pratique de la chasse dans les environs d'Holman est fort prisée des connaisseurs. Ainsi, chaque année, près d'une cinquantaine de personnes n'hésitent pas à survoler le pays en entier pour venir chasser le mammifère le plus dangereux de la planète, l'ours polaire.

L'expérience est unique. Des amateurs de partout dans le monde sont amenés en traîneau à chiens par des guides locaux, à l'un des camps situés le long de la côte. Deux semaines d'isolement, de promenade et de guet à la manière traditionnelle les attendent.

Mais pour apercevoir cette bête magnifique, les chasseurs doivent cependant délier les cordons de leur bourse. Ulukhaktuk Adventures, un pourvoyeur de Holman spécialisé dans la chasse sportive, demande environ 15 000 $ pour chasser avec un guide 14 jours durant, l'ours polaire. Pour la chasse au bœuf musqué et au caribou, la facture ne sera que de 3 200 $!

« La plupart des chasseurs de grands mammifères ont déjà pratiqué la chasse partout dans le monde et recherchent avidement l'aventure », estime le directeur du marketing du Bureau du tourisme des Territoires du Nord-Ouest, David Grindlay. Cette recherche de sensations fortes rapporte beaucoup à la petite localité d'environ 400 personnes : l'industrie de la chasse sportive embauche près de 60 personnes dans la communauté.

Mais pour les aventuriers qui ne veulent pas débourser autant d'argent et qui, de toute façon, n'apprécient pas l'idée de se frotter au plus grand carnivore de l'Arctique, la communauté de Holman a plus à offrir, si ce n'est que la rencontre avec l'un des peuples les plus chaleureux du monde, aux dires de plusieurs...

Inouïs Inuvialuits
Les Inuvialuits, ou « êtres humains réels », sont les Inuits de l'Arctique de l'Ouest, et vivent répartis dans six communautés des T. N.-O. Ce peuple, qui s'exprime en inuvialuktun, a connu maintes tribulations qui ont menacé sa survie. C'est ce qui rend ces gens uniques au monde, selon le conservateur et archéologue du Musée canadien des civilisations, David Morrison. « Ce peuple a su s'adapter à d'énormes changements culturels, probablement les plus importants de tout l'Arctique », explique-t-il.

Entre 1850 et 1910, près de 90 % de la population inuvialuite s'est éteinte des suites des maladies infectieuses transmises par les Européens. Malgré ces épidémies et la sédentarisation forcée, les Inuvialuits ont persévéré dans l'adversité. Aujourd'hui, leur culture est vivante, vibrante et colorée, comme en témoignent les remarquables gravures qui font la renommée de Holman et qu'on peut admirer à l'atelier d'art de la Holman Esquimau Cooperative.

« Holman est une communauté des plus artistiques. Les gravures sont très narratives. Particulièrement habiles, les artistes manient avec brio la technique du pochoir », explique la conservatrice de l'art inuit du Musée des beaux-arts de Winnipeg, qui possède la plus grande collection de gravures de Holman.

La communauté, qui vit essentiellement de chasse et de pêche, se spécialise aussi dans la vente de qiviuq, dont la valeur a atteint des sommets au cours des dernières années. Ce léger duvet que porte le bœuf musqué est soigneusement récolté par les femmes de la localité. Transformée dans le sud du pays, cette laine, plus douce que l'angora, sert à la fabrication de pulls, de bonnets et de moufles. Il semble même que certaines grandes métropoles de la mode, comme Londres et Paris, en ont fait leur petit secret...

Un peuple chaleureux
Malgré le climat rigoureux qui sévit au nord du 70e parallèle, la bonne humeur est omniprésente, chez les habitants de Holman. Le cinéaste Allan Booth, de Yellowknife, s'est rendu plusieurs fois dans la localité pour filmer le Kingalik Jamboree, un festival de trois jours qui a lieu au mois de juin et qui célèbre le retour du canard migrateur dans la région.

Chaque fois, il est impressionné par l'accueil de la communauté. « Ce peuple est différent, unique. Ils sont tellement hospitaliers! Les visiteurs se font traiter comme des membres de la famille. Je me demande pourquoi les gens d'ici sont si sympathiques! »

À cette question, la linguiste Emily Kudlak, originaire de Holman, ne peut vraiment apporter de réponse. « C'est probablement dû à la façon que nous avons de communiquer. C'est difficile à dire : Holman, c'est Holman... C'est unique ! » Lors du passage des chasseurs, la communauté organise des soirées de danse au tambour et de chant de gorge, et elle prépare le muktuk, un met composé de peau de baleine crue ou le quak, de la viande gelée crue.

Ce bain culturel accentue davantage l'impression que le temps s'est figé ici il y a des milliers d'années. Allan Booth, lui, se sent toujours très petit au cœur de cette terre qui se déploie à l'infini. « Je me dis toujours que c'est l'endroit le plus extraordinaire que je n'aie jamais vu. Il y a si peu de gens, et le territoire est tellement immense... Ça me donne l'impression d'être au commencement de la civilisation! »

Les temps modernes ont toutefois rattrapé les Inuvialuits pour qui ordinateurs, micro-ondes et moteurs à essence n'ont plus rien de nouveau. Mais les racines sont pourtant encore bien en vie, solidement agrippées aux glaces éternelles du territoire. Ce mariage de deux mondes façonne les nouvelles générations, comme celle d'Emily Kudlak, qui vient à peine d'atteindre le cap de la quarantaine. « J'ai été élevée dans l'ère moderne et je ne sais plus très bien où j'en suis avec mes repères historiques. Je sais que ma mère est née dans un igloo. Mais les aînés ont connu tellement de changements! »

Qu'on se rassure cependant : si la modernité a quelque peu rattrapé l'Arctique, le dépaysement demeure à coup sûr au rendez-vous. Et les Inuvialuits, eux, sont toujours aussi humains, toujours aussi réels...

Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse www.voyagecanada.ca

source: Commission Canadienne du tourisme

Cette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.

La mystérieuse Wood Mountain


photo: Coucher de soleil après une journée particulièrement venteuse dans la region de Wood Mountain dans le sud de la Saskatchewan.

Comment une région aussi charmante peut-elle être si méconnue? Pourtant, elle est l'une des plus riches sur les plans culturels et naturels. C'est vrai qu'il faut sortir des sentiers battus pour en profiter pleinement. Mais l'effort sera récompensé par des paysages enchanteurs qui recèlent un passé vibrant d'histoire.

Durant les années 1870, environ 35 familles métis sont venu s'y établir après l'échec de la rébellion de la rivière Rouge. En 1874 les représentants de la commission chargée de marquer la frontière au 49 ème parallèle y contruisent les batiments qui deviendront le premier poste de la Police à cheval du nord-ouest de Wood Mountain. Un poste qui jouera un rôle important en 1877 après la bataille de Little Big Horn alors que Sitting Bull et quelques 5000 sioux viennent se réfugier dans la région après le massacre du Général Custer et de ses troupes. Comme les autorités canadiennes craignaient que Sitting Bull ne réserve le mème sort aux canadiens, on dépêche le surintendant James Walsh des Cypress Hills sur les lieux pour assurer la paix.

Il y a aussi le célèbre Jean-Louis Légaré qui a joué un rôle important en 1879, quand les sioux souffrait la famine en raison des incendies allumés par les américains pour empêcher les bisons de franchir la frontière. Il s'est empressé de nourrir les sioux affamés, même après que les autorités américaines leur ait offert l'amnistie.

A une vingtaine de kilomètres au sud de du village de Wood Mountain, on apperçoit ce qu'on appelle localement le "Bench" - le plateau de la Montagne des bois - qui constitue le deuxième point le plus élevé de la Saskatchewan après les Cypress Hills. Pays de l'élevage, les traditions sont solidement enracinées dans la région. Le rodéo de Wood Mountain est le plus vieux au Canada; il a 110 ans d'histoire. Les connaisseurs y retournent régulièrement, comme s'il s'agissait d'un pellerinage annuel.

Les amateurs d'histoire naturelle seront également comblés s'ils poursuivent leur route à 50 minutes au sud du village, jusqu'au bloc est du Parc National des Prairies. Lors d'une visite récente j'ai pu observer le spectacle envoûtant de ce paysage de buttes et d'herbages naturels qui s'étendent à perte de vue à vos pieds vers l'ouest et le sud. Au coucher du soleil, la terre s'enrobe d'une lumière rouge et chaude. On y voit venir les orages des heures à l'avance, et qua nd ils frappent à l'improviste, comme ils le font si souvent cet été, on a droit à un spectacle d'une rare beauté, qui vous rappelle que la nature a le dernier mot face à l'humain. Et si l'humain est le point le plus élevé à des milles à la ronde, il vaut mieux trouver plus haut que soit quand la foudre s'abat sur les buttes avoisinantes.

Vingt minutes plus tard, le gros nuage gris est passé, le soleil se couche, illuminant merveilleusement le ciel, mais pas avant de nous avoir donné de brillants arc-en-ciels. Au camp, sur le plateau, nous passons la soirée à observer les éclairs nocturnes au loin…puis le grand spectacle du ciel étoilé.

jeudi, mai 19, 2005

Le Canadien de Via Rail : Travelling avant

Lacs et montagnes, Rocheuses canadiennes, Colombie-Britannique
Photo: Toby Saltzman

Entre Toronto et les Rocheuses, la route peut paraître longue, très longue. Mais à bord du Canadien, seul train transcontinental à effectuer ce parcours, le Canada se dévoile comme dans un agréable film au ralenti. Un film romantique, s’entend, surtout si on aime se faire du cinéma.

PAR TOBY SALTZMAN

Inspiration : un film délicieusement désopilant, Certains l’aiment chaud, et sa vedette follement sexy, Marilyn Monroe.


Acteurs : mon amoureux et moi.


Scénario : des milliers de câlins dans un lieu douillet.
Toile de fond : un paysage fabuleux.

C’est avec ce bref synopsis en tête, inspiré de Certains l’aiment chaud – le classique de Billy Wilder, voté meilleure comédie du siècle par l’American Film Institute – que j’ai convaincu ma douce moitié qu’un voyage dans les Rocheuses à bord du Canadien (le train non moins classique de Via Rail, qui traverse des décors éminemment romantiques) serait le cadre parfait pour laisser libre cours à nos fantaisies.

L’histoire ? À l’ère de la prohibition, deux musiciens de jazz (Jack Lemmon et Tony Curtis) sont témoins du massacre de la Saint-Valentin. Ils tentent d’échapper à la mafia en se réfugiant dans un train, travestis en femmes et en se mêlant à un orchestre féminin. Ils tombent amoureux d’Alouette (Marilyn Monroe) et se retrouvent, dans une scène, à partager la même couchette qu’elle. La frustration des deux protagonistes donne lieu à un moment des plus amusants. Le souvenir de cette scène plus deux promesses – celle de ne pas chanter (faux) I Wanna Be Loved by You et de ne pas le faire tomber en bas de la couchette – ont convaincu mon amoureux de faire le voyage vers Jasper en classe grand luxe Bleu d’Argent.

Lorsque le Canadien fut créé en 1955, l’allure aérodynamique du bolide en acier inoxydable ouvrait la voie à une nouvelle génération de trains. Avant-gardiste, son intérieur art déco abritait déjà à l’époque, dans son wagon de queue fuselé, un dôme panoramique. Aujourd’hui complètement remis à neuf, le train dispose de banquettes confortables et des douches dans les wagons-lits.

Calme, luxe et volupté


Tout de suite après être montés à bord du Canadien à Toronto, nous allons jeter un coup d’œil à notre « chambre romantique ». Exactement comme nous le promettait la brochure de Via Rail, la suite spacieuse (deux chambres converties en une, dotée d’un lit double et de deux salles de bain) est décorée avec élégance. Un bouquet de roses et une bouteille de vin mousseux nous attendent.

Aussitôt les bagages déposés, nous nous précipitons vers le dôme, juste à temps pour admirer la tour du CN tandis que le train quitte la gare Union Station. Après le dîner, le Bullet Lounge est animé à souhait et les discussions fusent de toutes parts.

« Pour obtenir de bons clichés à haute vitesse, placez votre appareil vers l’avant ou vers l’arrière, en angle contre la fenêtre, mais jamais droit devant vous », me suggère un jeune photographe australien. Peu de temps après, tout le monde est en grande conversation. Nous apprenons que ce jeune homme planifie faire de la randonnée dans le parc national Jasper. Que ces célibataires italiens ont choisi ce train légendaire pour découvrir le Canada. Que ce couple de voyageurs allemands, passés maîtres dans l’art de voyager en train, ont décidé, après avoir roulé dans les trains les plus luxueux du monde – dont l’Orient Express et le Train Bleu d’Afrique du Sud – d’essayer le Canadien.

Un jeune couple originaire de Brockville, en Ontario, nous fait pouffer de rire en tirant à pile ou face le privilège de se laisser emporter par Morphée dans la couchette du haut. « Pile, je gagne. Face, elle perd », nous lance-t-il en insistant sur le fait que dormir dans la couchette supérieure est nettement plus amusant. C’est ainsi que la conversation dévie sur la célèbre scène de Certains l’aiment chaud.

Nous en sommes aux hors-d’oeuvre lorsque le train entreprend sa course dans le bouclier Canadien, très ancien socle rocheux qui dote l’Ontario de paysages tissés de lacs cristallins et de rivières rugissantes. Les scènes qui défilent devant nous resteront à jamais gravées dans notre mémoire : pins vertigineux plantés sur des îlots rocailleux ; jais bleus et carouges à épaulettes voletant au-dessus des marais frangés de fins roseaux ; forêts de bouleaux blancs se dressant tels des poteaux lumineux…

Le repas du soir est éblouissant. Le personnel a transformé la voiture-restaurant à l’aide de housses et de nappes bleu roi. Après nous être régalés de filet mignon et de saumon, nous nous blottissons dans le dôme sous le ciel étoilé. Plus tard, nous nous glissons sous les duvets dodus, tout en laissant le rythme apaisant du train nous bercer jusqu’au sommeil.

Décor de rêve


Tandis que nous déjeunons d’omelettes et de crêpes, le panorama défile à toute allure. Des forêts d’épinettes noires encadrent Sioux Lookout, petite ville spécialisée dans l’industrie de la pulpe. Plus tard, à Minaki, un chevreuil gracieux s’enfonce dans l’eau jusqu’aux genoux, poussant son petit avec ses bois. Tout près, un pêcheur comblé soulève un brochet à bout de bras.

De retour à la lumière après avoir traversé un tunnel de montagne, le train défile devant des oursons replets, qui se dressent sur leurs pattes de derrière pour nous regarder passer. Un groupe de retraités britanniques, qui s’offrent le voyage de leur vie, se font enthousiastes. « Le Canada est un pays spectaculaire ! Les Canadiens font si bien les choses et ils ne lésinent pas sur l’effort. Le Canadien dépasse toutes nos attentes ». « Merci », ai-je répondu au nom de tous mes concitoyens installés dans le dôme. À ce moment précis, nous partageons la fierté que cette terre de pics dentelés, d’eau cristalline et de vie sauvage nous procure.

De temps à autre, nous passons devant d’anciennes gares en bois, vestiges d’une époque où le chemin de fer bâtissait une nation. Elles représentaient alors les seuls liens entre les localités.

Juste avant d’arriver à Winnipeg, le paysage commence à changer. Les montagnes et les lacs disparaissent pour faire place à des zones forestières puis à la prairie vallonnée. Filant jusqu’en Saskatchewan, les plaines s’aplatissent peu à peu pour devenir bandes de terre fertile, paysage calme fracturé par d’occasionnels élévateurs à grains.

Après un autre repas somptueux, nous nous rendons encore une fois dans le dôme tandis que le train escalade une voie de montagne dans le soleil couchant. Suivant les courbes d’un canyon profond, le train dévale devant nous tel un serpent d’argent. Le ciel tourne au rose puis au bleu indigo. Des constellations apparaissent, diamants sur un ciel de velours. « Hum… Diamonds are a girl’s best friend », me dis-je en pensant à Marilyn dans Les hommes préfèrent les blondes.

Le lendemain matin, aux aurores, les forêts et les larges rivières de l’Alberta peignent un nouveau tableau. L’excitation est palpable. Le Canadien se tortille le long d’une route pentue saisissante, se frayant un chemin dans les montagnes enneigées du parc national Jasper. Des volées d’oies du Canada montent en flèche au-dessus des chutes. Et puis, aussi absurde que cela puisse paraître, le mont Robson – planté bien loin en Colombie-Britannique – se dresse tel un géant, sa couronne enneigée majestueuse scintillant dans la lumière du soleil.

Tandis que le train roule dans les contreforts des Rocheuses, un défilé d’élans se déplace le long des rails. Immobiles, bois devant, ils semblent vouloir défier le train et le forcer à s’arrêter. Nous retenons notre souffle. Mais, à la dernière seconde, ils s’écartent à l’unisson pour laisser la flèche d’argent continuer sa course.

En route vers Jasper, la rivière Athabasca et la large vallée de la Maligne se déploient sous nos yeux. J’imagine alors la beauté blonde déambulant dans les allées du train en route vers le plateau d’un film, moins rigolo mais tout aussi torride que Certains l’aiment chaud. Je suis prête à parier que le tournage – dangereux – de Rivière sans retour, dans lequel elle traverse le canyon Maligne avec Robert Mitchum, ne donna pas lieu à des scènes de fou rire.

Longtemps après être arrivés à destination, Marilyn Monroe m’est apparue une fois de plus, tandis que nous nous baladions autour du magnifique lac Beauvert, sur le terrain du légendaire Fairmont Jasper Park Lodge – l’endroit idéal où se poser après un voyage romantique en train. Cette fois ci, je l’ai imaginée souriante au bras de Joe DiMaggio, se déhanchant comme elle seule pouvait le faire, en route vers une cabine en bois rond au cœur des pins odorants. Un endroit nettement plus confortable pour un duo qu’une couchette supérieure peut l’être pour un trio !

Pour de plus amples renseignements sur ces destinations ou sur d’autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l’adresse www.voyagecanada.ca



source: Commission Canadienne du tourisme

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