lundi, octobre 30, 2006

Les défis de l'hospitalité à Igloolik, au Nunavut

Elijah Evaluarjuk montre fièrement la défense d'un Narval chassé par son fils qui ornera bientôt un des murs de son hôtel.

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Quiconque a passé du bon temps dans l’Arctique canadien comprendra les défis que l’exploitation d’un hôtel en milieu éloigné peut poser. Il faut de la détermination, et Elijah Evaluarjuk en a à revendre. Il est propriétaire de l’hôtel Tujurmivik, à Igloolik, au Nunavut.

« En inuktitut, Tujurmivik signifie ‘endroit où rester’ », explique‑t-il. “ Mon père a ouvert l’hôtel en 1970 et j’ai commencé à l’aider. Il a été élu quatre fois député à l’assemblée législative, à l’époque les Territoires du Nord‑Ouest. Il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de l’hôtel, alors en 1985, j’ai quitté mon emploi à la municipalité pour travailler avec lui. »

Mais Elijah ne pensait pas que son père allait mourir prématurément, en 2002. Soudainement, Elijah s’est retrouvé aux commandes de l’établissement.

« Les coûts sont très importants, ici. Nous n’avons pas de routes comme dans le sud du Canada. Nos denrées nous arrivent par avion. À chaque semaine, nous plaçons une commande auprès d’un fournisseur des environs de Montréal. Il faut prévoir à l’avance. Nous essayons d’obtenir la majeure partie de nos approvisionnements comme les marchandises sèches et les conserves par Sealift, un navire qui nous rend visite une fois par année. Nous veillons à ce que la plupart des produits d’utilisation quotidienne nous proviennent par ce service et en quantité suffisante pour durer un an. »

J’ai rencontré Elijah à la conférence de Tourisme autochtone Canada, à Québec, plus tôt cette année. C’est un homme calme, amical et généreux. La façon dont il porte sa cravate en peau de phoque en dit long sur l’importance qu’il attache à son patrimoine inuit. Il n’est pas le seul : 95 % des 1 600 résidents d’Igloolik parlent l’inuktitut. Cette ville est située sur une petite île située près de la péninsule de Melville, à l’ouest de l’île de Baffin. Igloolik signifie « lieu avec habitations », probablement à cause des huttes de terre que bâtissaient ici les ancêtres d’Elijah. « Igloolik est probablement l’une des plus anciennes collectivités du Nunavut, car elle date de 4 000 ans », annonce‑t-il fièrement.

Évidemment, à ses débuts, l’hôtel Tujurmivik était fort modeste. « Il y avait ces deux vieux bâtiments d’hébergement. L’un servait de cuisine, l’autre comprenait seulement des chambres équipées de seaux hygiéniques [des seaux de cinq gallons recouverts d’un siège de toilette]. Nous n’avions pas de toilettes à chasse d’eau. Nous avons commencé à rénover; il y a maintenant huit chambres, et nous pouvons accueillir 15 personnes à la fois. Il y a une salle à manger et un agréable bar‑salon, où nos invités peuvent regarder la télé. Nous voulons que les gens se sentent chez eux.

« Dans chaque chambre, nous avons accroché de vieilles photos que j’avais conservées et qui datent du début du XXe siècle. Accroché au mur de la salle à manger, il y a un gros ulu [un couperet utilisé par les femmes]. C’est un spécimen de grande taille fabriqué en fer blanc. En décembre, des narvals viennent [à environ 25 milles au nord d’ici] et il y a beaucoup de défenses de narval sculptées dans les environs. J’en ai acheté une et je vais la suspendre au mur pour que les gens puissent la voir. »

Lorsque le gouvernement du Nunavut a été créé, en 1999 et qu’Iqaluit en a été désignée la capitale, on a décidé qu’au lieu d’installer les bureaux gouvernementaux en un seul lieu, il fallait décentraliser. C’est ainsi qu’Igloolik fait partie des 10 localités qui accueillent des bureaux gouvernementaux, explique Elijah. « Nous avons cinq ou six ministères à Igloolik. Mais notre marché le plus important est celui des travailleurs de la construction. Nous faisons venir des gens de métier comme des électriciens et des plombiers. Beaucoup d’entre eux restent à notre hôtel du début de septembre jusqu’à Noël. En plus, nous accueillons beaucoup d’invités gouvernementaux et d’amateurs de chasse sportive.

« J’ai un effectif de huit personnes. Notre chef cuisinier est un de mes cousins. Mon frère travaille ici à temps partiel, tout comme ma fille de 12 ans, durant l’été. Je la laisse travailler trois heures par semaine pour qu’elle puisse prendre de l’expérience. C’est comme ça que j’ai commencé, quand j’avais 13 ans. Je passais la vadrouille. J’ai cinq enfants qui ont de cinq à 18 ans, et trois d’entre eux sont adoptés. C’est dans la tradition d’adopter des enfants de notre parenté; deux d’entre eux sont des enfants de ma soeur et l’autre provient de la famille de mon épouse. Il ne faut pas nécessairement qu’ils viennent de la parenté, mais c’est souvent le cas. »

Elijah Evaluarjuk dit que beaucoup de membres d’autres collectivités arctiques admirent la façon dont les gens d’Igloolik préservent leur langue et leur culture. Si vous appelez à l’hôtel, vous serez accueilli en inuktitut. Elijah espère mettre de plus en plus ce patrimoine à profit.

« Il y a ici beaucoup d’artistes de talent et de bons sculpteurs sur bois. Nous pourrions développer un plus grand nombre de produits touristiques. La faune est abondante et il y a des étendues d’eau à proximité. C’est pourquoi les gens se sont établis ici il y a longtemps. Quand des invités qui viennent ici pour affaires veulent rester un peu plus longtemps, nous les emmenons faire des excursions d’un jour, à motoneige ou en traîneau à chiens. »

Il faut un peu de débrouillardise pour trouver un pourvoyeur local : « Quand des amateurs de chasse sportive arrivent, on fait parfois une annonce à la radio locale. Quiconque veut servir de guide ou diriger un attelage de chiens est invité à se présenter. À partir d’avril, nous pouvons amener les gens jusqu’au bord de la banquise en 30 à 45 minutes—là où l’eau reste libre de glaces pendant toute l’année—pour attendre que les phoques viennent à la surface. Nous pouvons utiliser des motoneiges jusqu’à la mi‑juin. Ensuite, la neige revient à la fin septembre‑début octobre. »

Après leur journée d’activités, les excursionnistes sont invités à goûter à certains délices locaux : « Nous pouvons servir de la viande de morse ou de phoque. Notre salle à manger est réservée à nos invités, mais tous les vendredis, nous l’ouvrons au public pour le petit déjeuner. Et depuis l’an dernier seulement, nous avons commencé à livrer de la pizza en ville et ça fonctionne très bien. »

Pas seulement de la pizza ordinaire; de la pizza à l’omble de l’arctique. Voyez‑vous, pendant très longtemps, l’hôtel Tujurmivik était le seul établissement de ce type en ville, jusqu’à ce que la coopérative locale ouvre elle‑aussi un hôtel, il y a quelques années.

« Il y a maintenant deux hôtels et, sur le plan du marketing, c’est le bouche‑à-oreilles qui fait la différence pour nous. Nous avons des clients qui viennent ici depuis 25 à 30 ans. Ils s’installent chez nous peu importe s’il y a un autre hôtel. L’été dernier, j’ai beaucoup travaillé à rénover les chambres, repeindre, changer les tapis. Je pense que mon père serait content de voir comment nous gardons l’hôtel en exploitation. »

Même au nord du 69e parallèle, il est rassurant de constater que la réussite, dans le secteur de l’hospitalité, dépend toujours de la capacité avec laquelle l’exploitant peut trouver de nouveaux débouchés sans perdre de vue les valeurs fondamentales de son entreprise. Il y a, à l’hôtel Tujurmivik d’Igloolik, quelques idées sages qu’il vaut la peine d’approfondir.

La CCT à Paris : le pouvoir des partenariats non-traditionnels

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Si la valeur des partenariats non traditionnels est de plus en plus reconnue dans le secteur du tourisme, nulle part cette collaboration n’est plus recherchée activement qu’au bureau de la Commission canadienne du tourisme (CCT) à Paris. L’arrivée de Sandra Teakle l’an dernier au poste de directrice générale et la nomination ultérieure de Monique Simard au poste de directrice de la publicité et des partenariats ont mené à l’établissement d’une stratégie non traditionnelle en matière de partenariats sur le marché français.

Mme Simard s’emploie depuis lors à exploiter le pouvoir des partenariats au profit du Canada. « La CCT participe habituellement à ces partenariats avec des partenaires qui ne sont généralement pas considérés comme membres de l’industrie touristique. Il s’agit habituellement de partenariats à l’extérieur de notre secteur d’activité, mais qui ont des affinités avec notre destination et son image. Grâce à ces partenariats, des partenaires canadiens peuvent avoir des activités en France ou peuvent vouloir y trouver des partenaires. » Pour que ces partenariats soient rentables, des outils de mesure sont mis en place afin de déterminer l’efficacité et l’utilité de chacun.

Mme Simard donne certains exemples de sociétés intéressantes pour la CCT, dont le fabricant d’articles de voyage Lancel (associé à l’innovation, à la qualité et à la créativité) et J. C. Decaux, principale société française de communication extérieure qui se sert des villes et des rues comme arrière‑plan pour la transmission de messages. Il y aurait aussi le chef de file du commerce de détail Auchan et le réseau de télécommunications mobiles SFR.

« Nous aimerions aussi travailler avec les Galeries Lafayette (GL), boulevard Haussmann à Paris, plus grand point de vente au détail d’Occident et numéro un en Europe sur le plan des ventes, qui projette une image internationale très forte. Sur les 80 000 clients quotidiens, 50 000 sont de Paris; 75 % sont des femmes, 37 %, des cadres supérieurs et 23 % des cadres intermédiaires.

Les Galeries Lafayette accueillent huit millions de visiteurs étrangers annuellement, soit quatre fois plus de visiteurs que le Louvres. On peut y trouver la principale agence de voyage de Paris, Lafayette Voyages. » La CCT France pourrait envisager une alliance selon laquelle la marque Canada figurerait sur le système de facturation de Lafayette, et peut‑être une soirée du Canada pour les 50 000 clients titulaires d’une carte du détaillant.

L’une des initiatives de Monique Simard concerne Dance Sing, troupe de danseurs, de chanteurs, de musiciens et de comédiens du Québec, revue musicale dont la multitude de décors et de costumes et le répertoire musical peuvent peut plaire à un vaste auditoire.

« L’an dernier, j’ai entendu dire que la troupe s’installait à Paris; je suis allée voir la productrice. D’où l’idée de conclure un vrai partenariat; nous avons réussi à être présents pendant toute la campagne publicitaire dans le métro, dans le RER (trains de banlieue de la région de Paris) et dans les gares. Nous étions présents dans les médias avec Pariscope, magazine officiel de l’industrie du spectacle. La revue musicale devient le véhicule de la marque Canada sous forme d’un concours à Radio Nostalgie et utilise le thème Il vous reste tant à découvrir pour orienter les consommateurs vers le site Web www.decouvertecanada.fr visant le marché français. »

Dance Sing est un produit canadien auquel la CCT greffe la marque Canada. La Revue a un outil de marketing très évolué, qui permet d’atteindre les objectifs de la CCT sur le marché français.

« 500 000 dépliants seront distribués à Paris, dans les hôtels, les gares, les aéroports, les attractions touristiques comme Versailles et Disneyland, aux Galeries Lafayette et aux magasins Printemps, Virgin, Carrefour et Auchan. Nous investissons environ 800 000 euros dans les médias, les dépliants et le concours à la radio. Grâce à ce partenariat, nous sommes présents sur des sites Web comme www.fnac.com (plus important point de vente au détail en France pour les livres, spectacles et CD), l’équivalent de Renaud‑Bray, d’Archambault ou de Chapters au Canada.

La revue Dance Sing est présentée pendant six mois au Trianon à Paris. Selon Mme Simard, pour profiter pleinement des possibilités, la CCT a commandé un message de 14 secondes le printemps dernier lors de la sortie de Da Vinci Code, qui a été diffusé avant le spectacle et pendant les intermissions des spectacles de Dance Sing.

« Nous avons aussi prévu une exposition de photographies sur le Canada dans la salle. Celles‑ci proviennent de l’ouvrage Sur les Traces de Jacques Cartier, produit par deux journalistes qui ont parcouru le Canada pendant une année entière. Le livre est préfacé par Patrick Poivre D’arvor, personnalité française bien connue. Toutes ces initiatives visent le groupe des 30 à 59 ans, notre cible stratégique internationale. »

Mme Simard affirme qu’une demande de renseignements sur deux en France au sujet du Canada porte sur l’Ouest canadien, ce qui laisse présager un intérêt accru et de nouveaux débouchés. Le genre de partenariats non traditionnels auquel la CCT a recours en France est peut‑être la meilleure façon de conférer une force supplémentaire aux précieux dollars investis dans le marketing. Il semble que les partenariats non traditionnels soient bien établis.


Les Galeries Lafayette, Paris, France

La perspective d'un visiteur européen.

dimanche, octobre 15, 2006

Pour sortir des sentiers battus


Photos: The Cowboy Trail

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Les routes touristiques commencent à séduire les visiteurs, dans les régions moins fréquentées du Canada. En fait, tellement de recettes permettent de concocter une route touristique qu’à l’occasion, il peut être déconcertant de choisir les bons ingrédients. TOURISME s’est penché sur deux routes en développement pour vous donner une idée de ce qu’il faut faire : le chemin du Roy, le long de la rive Nord du fleuve Saint-Laurent, entre Montréal et Québec, et la Cowboy Trail, en Alberta.

Si vous avez jamais voyagé le long du versant Est des Rocheuses albertaines, vous vous êtes sans doute demandé comment les gens s’y prenaient, autrefois, pour franchir ce territoire accidenté. Car même la beauté du paysage n’aidait pas le voyageur à endurer les épreuves du périple. Les véhicules moteur ont depuis longtemps remplacé les voitures à chevaux comme moyen de transport, mais les habiletés et les traditions développées au contact de la vie dans l’Ouest demeurent, et constituent ce que l’on a appelé la « culture cowboy ».


Certains acteurs importants du secteur touristique local espèrent beaucoup qu’une route des cowboys incitera un plus grand nombre de voyageurs à aller au-delà du Stampede de Calgary et à reprendre contact avec l’univers qui l’a inspiré. Il y a neuf ans, Chuck Lee, gestionnaire du centre de développement commercial du Sud-Ouest de l’Alberta, à Pincher Creek, a senti le besoin de mieux faire connaître les produits touristiques. Il a lancé l’idée de développer un couloir panoramique pour mettre en évidence les attraits touristiques situés le long de la route 22 et au sud, entre Cardston et Mayerthorpe.

« En quoi ce couloir diffère-t-il des autres? Nous avons examiné nos collectivités objectivement et nous avons repéré ce qu’elles avaient d’unique. Nous avons compris que nous étions entourés des plus beaux ranches de l’Alberta et nous avons senti que ce devait être le point de mire de ce que nous voulions faire. »

M. Lee pensait que le recours à la formule du consortium donnerait aux petits exploitants la possibilité d’accéder à des foires commerciales auxquelles ils n’avaient pas les moyens de participer à titre individuel. La route des cowboys était jalonnée d’attractions très choyées : le lieu historique national du Ranch-Bar U; le musée de voitures à chevaux Remington; le centre d’interprétation Frank Slide et le Précipice-à-bisons Head-Smashed-In (site du patrimoine mondial de l’UNESCO).

Duncan Daniels est chef de marketing pour le Sud de la province, à Alberta Community Development. Son bureau s’occupe des trois attractions précitées (et d’autres) qui, ensemble, attirent 170 000 visiteurs par année. M. Daniels aimerait que les municipalités environnantes profitent de la Cowboy Trail. « Calgary est bien connue pour son Stampede et l’Alberta, pour son patrimoine western; la route des cowboys ne fait que pousser le concept un peu plus loin et aide tous les exploitants à promouvoir collectivement les expériences que le visiteur peut vivre le long de la route. »

Kevin Crocket est directeur du développement de produits et de destinations à Alberta Economic Development. Il surveille de très près l’évolution de la route des cowboys. « Les routes touristiques évoquent, dans l’esprit du voyageur, une histoire qui unifie une collectivité, une région ou une destination. Ces routes donnent aux visiteurs une bonne raison de venir, de s’y attarder et de dépenser davantage. Elles constituent un appel à l’action. Elles suggèrent aux visiteurs ce qu’ils peuvent faire ensuite et elles font la force des collectivités, des attractions et des exploitants. »

Photos: Office du tourisme et des congrès de Trois-Rivières

Que peut-on demander de plus à une destination qui a été reconnue comme un point de référence dans son domaine? Au Québec, une autre route patrimoniale fait des vagues. Le chemin du Roy est, dit-on, la première route «carrossable» d’Amérique du Nord; son aménagement remonte au début du 18e siècle, quand les autorités voulurent établir une voie royale entre Montréal et Québec. Depuis lors, toutes sortes de dignitaires—du pape Jean-Paul II à Charles de Gaulle—ont pu admirer les splendeurs du paysage et du milieu bâti, sur cette partie de la rive Nord du Saint-Laurent.

Pendant des années, le chemin du Roy était plus ou moins connu comme un parcours panoramique le long duquel les visiteurs pouvaient traverser plusieurs villages et voyager plus lentement que sur l’autoroute 40. Or, les intervenants en tourisme voulaient valoriser un peu plus cette voie historique grâce au développement de produits. (Le chemin du Roy traverse certaines parties des régions touristiques de Québec, de la Mauricie et de Lanaudière).

« Le patrimoine architectural est au coeur de la route touristique », signale Marilie Laferté, directrice générale de l’Office du tourisme et des congrès de Trois-Rivières. « L’utilisation du patrimoine comme axe de développement nous a permis d’adopter une vision à long terme pour notre projet. Par exemple, bon nombre des administrations municipales avec lesquelles nous traitions n’avaient pas encore établi de politique de conservation du patrimoine; nous avons donc reconnu très tôt la nécessité de faire comprendre à tous la valeur du patrimoine. L’expérience touristique et la conservation du patrimoine vont de pair, et il n’y a presque pas un seul kilomètre du chemin du Roy où l’on n’a pas inventorié ou désigné de ressource patrimoniale. »

Mais, étant donné la longueur impressionnante de cette route touristique—environ 250 kilomètres—, il y a de longs tronçons dont la valeur patrimoniale est moins évidente et des sections où la rareté des bâtiments et les dépôts de ferraille non clôturés nécessiteraient un peu de créativité. Mme Laferté explique : « Nous exploitons alors des caractéristiques du paysage ou nous essayons d’incorporer un élément interprétatif au sujet du milieu contemporain. Un des principaux outils de marketing que nous utilisons est une carte sur laquelle le produit touristique apparaît clairement. Durant l’été, nous proposons aussi le Rallye du Chemin du Roy, un jeu dans lequel on pose une série de questions sur certaines des attractions situées le long du chemin. Pendant tout l’été, ceux qui ont rempli et déposé ou posté leur formulaire peuvent gagner des paniers-cadeaux remplis de produits locaux. »

En cours de route, on a présenté des expositions, des menus de restaurant et des symposiums sur le thème du chemin du Roy. On a des cartes postales, des épinglettes et des décalques pour les vitrines de magasin. Une des plus récentes initiatives consiste à dresser l’inventaire des meilleurs terrains de pique-nique. Les voyageurs peuvent même acheter une nappe bleue et blanche arborant la couronne bleue qui sert de logo au chemin du Roy.

« Chaque année, nous employons une nouvelle tactique de marketing. Ainsi, nous collaborons avec des établissements à caractère historique pour faire installer des plaques d’interprétation sur des sites importants. Ces programmes sont utiles, mais en revanche, il faut admettre qu’il est difficile d’en quantifier le rendement, à cause de la diversité des produits. Les hôteliers prennent note du nombre d’invités qu’ils reçoivent, mais il se peut que le comité de bénévoles d’une paroisse située le long du parcours ne le fasse pas. »

Marie-Andrée Delisle a participé, à titre de consultante, au développement du chemin du Roy et d’autres routes touristiques au Canada, et elle est convaincue que l’industrie et les consommateurs y gagnent. Les petites réussites sont particulièrement encourageantes : « Au-delà des retombées économiques évidentes du tourisme, quand une collectivité participe au développement d’une route touristique, elle aide souvent à réaffirmer l’identité locale. »

Peut-être n’est-il pas surprenant de découvrir que les routes touristiques patrimoniales—conçues d’abord pour le bénéfice des touristes—peuvent récompenser encore davantage les riverains!

samedi, octobre 14, 2006

Des pistes pour cowboys... aux chemins pour voitures à chevaux.

Photo: The Cowboy Trail

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Des pistes pour cowboys...

Margie Moore et son mari sont propriétaires-exploitants du ranch Lazy M, à Caroline, en Alberta. Ils ont vendu leur bétail avant le triste épisode de la maladie de la vache folle, qui a failli anéantir le secteur bétailler de l’Alberta. Ils sont passés à l’élevage de chevaux, accueillant des invités venus du monde entier; Margie a vu de près les retombées de la Cowboy Trail : « Cette route nous fait vivre l’histoire et les gens peuvent en faire partie. C’est d’ailleurs ce qui leur arrive quand ils viennent chez nous et s’intègrent à notre famille. Et [la route des cowboys] nous apporte effectivement plus d’invités. »

Malcolm Anderson est directeur exécutif de la route. C’est un emploi qu’il a accepté après avoir passé 37 ans dans la gestion hôtelière, parce qu’à ses yeux, il s’agit d’un réel potentiel économique qu’une collectivité dynamique a décidé de mettre en valeur. « Nos membres ont saisi l’idée de saluer les traditions et la culture des cowboys et des Premières Nations—qui étaient nos premiers hôtes et qui sont eux-mêmes devenus des cowboys. Ainsi, le long de cette route, deux cultures se rencontrent grâce à l’élevage du cheval. Seulement dans notre province, la notoriété de cette route est phénoménale. De plus en plus de demandes de renseignements présentées à Travel Alberta et provenant de consommateurs qui souhaitent vivre comme les cowboys nous sont transmises directement. »

...aux chemins pour voitures à chevaux.

Sur un tronçon de 50 kilomètres, de la Pointe-du-Lac, au Québec, jusqu’à Sainte-Anne-de-la-Pérade (à l’est de Trois-Rivières), un vieux moulin, un presbytère et une ancienne résidence construite sous le régime français ont été regroupés sous l’appellation Trio du Chemin du Roy. Chacune de ces attractions patrimoniales parle des autres et vend, à rabais, des billets d’entrée donnant accès aux trois membres du trio. Andréanne Blais, directrice adjointe du projet, se rappelle que l’objectif était, à l’origine, d’installer un personnel permanent dans des lieux qui étaient tenus jusque-là par des bénévoles. Les attractions sont maintenant dotées d’un personnel rémunéré et l’achalandage du Trio a beaucoup augmenté depuis l’aménagement du chemin du Roy.

« Nous formons ce trio d’attractions depuis maintenant trois ans », explique Mme Blais. « Et je peux dire que la route touristique nous a beaucoup aidés à mieux tirer parti des ressources dont nous disposons—c’est-à-dire celles des bâtiments dont nous avons hérité. »

Un entraîneur olympique norvégien est l'invité des hôtels et villégiatures Fairmont de l'Alberta

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Un élan d’altruisme olympien, qui a aidé la skieuse de fond Sara Renner et sa coéquipière Beckie Scott à remporter l’argent pour le Canada, dans le sprint féminin par équipe, à Turin, a valu à Bjoernar Haakensmoen et à sa famille de passer des vacances aux frais des Hôtels et villégiatures Fairmont.

M. Haakensmoen - qui a aussi reçu environ cinq tonnes de sirop d’érable de la part de Canadiens reconnaissants - a presque instinctivement remis un bâton de ski à Mme Renner durant la course, un geste qui n’est pas passé inaperçu. Lui-même, son épouse et leurs trois enfants passeront deux semaines, ce mois-ci, aux hôtels Fairmont Banff Springs, Chateau Lake Louise et Jasper Park Lodge.

D’expliquer la représentante de Fairmont, Lori Grant : « Nous avons lancé cette offre en partenariat avec Travel Alberta, qui aide à défrayer les billets d’avion. Nous leur offrons l’hébergement, les repas et les activités sur place, tandis que le Stampede nous a téléphoné pour savoir si M. Haakensmoen était disposé à monter à cheval aux côtés de Sara Renner durant la parade de lancement du Stampede. Il avait le choix de parader sur un véhicule ou à cheval. Il a choisi le cheval. »

Pour l’occasion, M. Haakensmoen s’est habillé en cowboy de la tête aux pieds. De poursuivre Mme Grant, « il a été renversé par cette invitation. Il était venu ici l’automne dernier. Après avoir visité Banff, il est retourné chez lui et a décrit à son épouse le beau château qu’il avait vu au cours d’une ‘période creuse’ au centre nordique Canmore, près de Banff. »

Derek Coke-Kerr, directeur général de Travel Alberta, ne peut s’empêcher de faire écho aux sentiments exprimés par tous les Canadiens qui ont assisté au moment inoubliable que M. Haakensmoen a aidé à créer : « Ce geste a frappé l’imagination du pays tout entier, et la nôtre aussi, chez Fairmont et dans l’organisation du Stampede. Nous rendons hommage à cet homme qui a fait quelque chose d’instinctif, qui collait tout à fait à l’esprit sportif. »

Lorsqu’on lui demande s’il espère faire de Haakensmoen un ambassadeur de l’Alberta, M. Coke-Kerr répond : « Nous ne sommes pas mercenaires à ce point-là. [Notre réaction] correspond en quelque sorte aux valeurs que nous avons, dans l’Ouest, et c’est fameux. Voilà quelqu’un qui a posé un geste extraordinaire, qui n’a pas pensé aux conséquences et qui l’a fait simplement parce que c’était la chose à faire. Maintenant, nous lui disons : ‘Hé! Merci beaucoup! Vous pouvez devenir un des nôtres!’ »

lundi, octobre 02, 2006

Québec 2008 : les préparatifs

(article publié initialement dans la revue TOURISME)

Lorsque des journalistes partent en reportage dans des endroits éloignés et qu’ils ont besoin de quelqu’un qui connaisse les lieux pour organiser des réunions et se déplacer, ils font appel à un guide. Dans son propre domaine, en qualité de commissaire du gouvernement canadien, Laurent Tremblay est bel et bien un guide.

« Lorsque les représentants de la ville de Québec ont vu l’anniversaire de 2008 se profiler », dit M. Tremblay, « ils ont créé en 2000 la Société du 400e anniversaire de Québec (société sans but lucratif chargée d’organiser les festivités pour le 400e anniversaire) afin de mettre sur pied les cérémonies commémoratives. Entre-temps, le gouvernement fédéral a élaboré une politique nationale de commémoration ainsi qu’un plan quinquennal en vue de célébrer une série d’anniversaires rappelant le patrimoine et les valeurs du Canada (la fondation de l’Acadie en 2004, les célébrations du centenaire de l’Alberta et de la Saskatchewan en 2005, ainsi que le 400e anniversaire de Québec).

« Cet événement revêt une importance nationale et internationale », ajoute-t-il, « non seulement parce que Québec fait partie intégrante de la diversité linguistique du Canada, mais aussi parce qu’elle constitue un site appartenant au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette ville est très chère au cœur de nombreux Canadiens, car elle a été le principal port d’entrée des immigrants au Canada, depuis sa création jusqu’à la Première Guerre mondiale. En 2008, le Canada aura l’occasion de fêter la première colonie française permanente en Amérique du Nord et les premières rencontres entre les Premières nations et les explorateurs européens, rencontres qui sont à l’origine du dialogue interculturel sur lequel le Canada moderne est bâti. »

En ce sens, M. Tremblay voit les nombreuses façons dont les festivités de Québec 2008 peuvent susciter de l’intérêt dans l’ensemble du pays. « Québec entretient des relations avec d’autres régions canadiennes. Québec est jumelée avec Calgary; le maire a assisté au Stampede, tandis que le maire de Calgary a participé au Carnaval de Québec. Cette relation spéciale devrait s’intensifier à mesure que les commémorations se dérouleront.

« De plus, le 400e anniversaire constitue un événement important pour les communautés francophones et acadiennes du Canada et il permettra d’encourager l’établissement de partenariats avec celles-ci. Par exemple, le Circuit Champlain souhaite organiser un voyage en canoë sur les rivières historiques jusqu’à Québec et à partir de différents points liés au fondateur de Québec. Son objectif est d’arriver à Québec pour le jour de l’anniversaire, le 3 juillet 2008.

« Un grand rassemblement se prépare. Des familles fondatrices organiseront des réunions dans toute la région de Québec et demanderont à leurs descendants de venir fêter leur patrimoine commun. Plusieurs événements importants se tiendront également pendant l’année. Le 49e Congrès international eucharistique se déroulera à Québec et donnera probablement lieu à une visite du pape. Le championnat mondial de hockey se tiendra à la fois à Québec et à Halifax en 2008, et la dernière partie se jouera à Québec. La ville accueillera également le Sommet de la francophonie au cours de l’automne. Le thème du « rassemblement » confère un caractère pluriel aux célébrations; toutes les personnes profiteront de Québec 2008 pour commémorer, à leur façon, leurs contributions au développement de la société canadienne hier, aujourd’hui et demain. »

Québec 2008 aura des retombées économiques importantes. M. Tremblay indique qu’un certain nombre de grandes conventions et d’événements se bousculent à Québec. Il attire en outre l’attention sur les résultats de l’étude conduite par Desjardins Marketing Stratégique l’année dernière, selon laquelle les célébrations devraient générer 120,5 millions de dollars de recettes touristiques. (On prévoit que les festivités ajouteront 263 millions de dollars au PIB du Canada, dont 213 millions iront au Québec.)

D’après M. Tremblay, un des héritages les plus riches laissés par Québec 2008 sera la façon dont le Saint-Laurent sera redonné aux résidants et aux visiteurs de la ville. « En 1908, pour les commémorations du 300e anniversaire de Québec, le gouvernement fédéral avait laissé aux gens les plaines d’Abraham comme héritage. Un siècle plus tard, pour le 400e anniversaire, et avec la participation des autorités portuaires de Québec et de Parcs Canada, quatre sites deviendront accessibles au public : la baie de Beauport, un lieu déjà utilisé pour des activités aquatiques; l’anse Brown, près des plaines d’Abraham, utilisée pendant des siècles pour la construction navale; Pointe-à-Carcy (un terminal de bateaux de croisières); et le Bassin Louise, que l’on est en train de réaménager pour accueillir Espace 400e, le site officiel des célébrations de Québec 2008. Pour ces legs, le gouvernement fédéral investira 70 millions de dollars et le gouvernement provincial contribuera 70 millions de dollars dans le développement d’un tronçon de la Promenade Champlain, le long du Saint-Laurent, près des quatre sites patrimoniaux. »

M. Tremblay a à coeur sa nomination à Québec 2008 en tant que commissaire fédéral. « Il s’agit d’un projet de retraite très spécial pour moi », dit-il. « Ce sera un moment particulier pour tous les Canadiens. Ces festivités permettront de mieux faire connaître Québec dans le monde et d’inciter les gens d’un peu partout à venir visiter la ville et découvrir en même temps d’autres endroits du Canada. »